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Poing Barre - Juin 2004
Poète heureux
Il est bientôt cinq heures, le matin va venir Il est bientôt cinq heures et pourtant tout va continuer Les putains sont au lit, les fêtards sont partis
Un chat noir se ballade peut-être le long d’un toit Il est bientôt cinq heures, les poubelles sont passées Et chacun se prépare à partir à son petit métro, boulot, dodo Tu vas me dire tout ça c’est facile
C’est du déjà dit, de la rengaine, du quotidien N’empêche chacun va se raconter ses petits plaisirs de la veille Habitudes de la veille, fantasmes de la veille « Moi hier soir, j’ai pris un trip j’étais complètement défoncé
Si t’avais vu cette minette comment elle m’a sauté » « Moi hier soir, j’étais assis devant mon poste de télé Y’avait Clark Gable, il est beau, il joue bien, ça change » Petit poète heureux, le matin va venir Petit poète heureux, l’aube va te sourire
Il paraît qu’il suffit d’une fleur pour attendrir le monde Il paraît qu’il suffit d’un espoir pour oublier la tombe De nos terres déchirées du mensonge des hommes Notre putain de pensée est fanée avant même qu’elle bourgeonne J’avoue c’est dur de briser sa façade
Quand derrière les rideaux, les éclats sont maussades C’est beau de prouver qu’on est beau en troupeau Et semer l’amitié en recelant les mots Mais la vie n’est greffée que de modes et d’images Où chacun vit pour l’autre mais n’existe que pour soi Alors pour parer à sa fin, on se crée personnage
Et on mime un mensonge quitte à devenir… Petit poète heureux…
Nos villes sont étouffées par les automobiles Nos gens sont entassés dans les cités-dortoir
Mon gosse est empilé sur un bord de trottoir Et ton vieux souffle encore le coeur bourré de piles
Les boites, les bistrots, les chaînes, les couteaux La violence déferle un vrai torrent de boue
Dans un monde déchaîné dévasté par les loups Que moi foule solitaire rassasie de mes crocs
Où est l'oiseau dans le ciel s'envolant en chantant ? Où est ton corps enlacé sous mes mains tout tremblant ?
Où est la fleur épanouie ruisselante de baisers ? Où es tu mon jardin mon paradis de paix ?
Peux-tu voler maintenant tout brûlé, tout fripé ? Peux-tu m’aimer cette nuit, corps pollué ? Peux-tu m’enduire de parfum de ta robe en plastique ? Peux-tu croître sous mes pieds de tes graines chimiques ? Un cube sur un cube, ça fait deux cubes devant moi
Et mille cubes sur mille cubes mais c’est ce mur entre toi et moi Et moi j’ai faim de toi et toi pendant ce temps là Tu bois, tu bois, tu bois.. Il est bientôt cinq heures à la prison des Baumettes à Marseille Il est bientôt cinq heures et pourtant tout va continuer
On va lui refiler une dernière cigarette, un dernier verre de rhum Oggi non ho bisogno del solé perché tu serai mia luce
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